Ce qu’a dit Kalash à Mike Irasque

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Kalash (by %22Benny%22)
Photo de Benny

Kalash (de ses prénom et nom, Kévin Valleray) 28 ans,  a répondu récemmment aux questions de Mike Irasque qui apprécie son parcours et ses « tub ». Echantillon,…

Antilla : Je suis ton parcours depuis les morceaux qui t’ont fait connaître en Martinique – il y a à peine 7 ans – et j’ai le sentiment que tu ne veux pas t’enfermer dans la case « profondeur des textes et messages », mais que tu essaies de trouver un équilibre entre le festif, certains fondamentaux du dancehall, et la volonté de t’exprimer sur des sujets politiques ou sociétaux. Tu vas continuer dans cet équilibre là ?

Kalash : Ba mwen sé sa ki enportan. Lè yo ka ba’w limiè-a, sé a ou di sèvi’y à bon escient. Aprè man pa ka jijé moun ki ka gadé limiè-a ba yo, mé mwen sé plis partajé, fè konnèt Matinik, la Caraïbe ; on vise souvent la France mé nou pa ka mèm alé chanté Sent-Lisi – c’est rare, c’est un événement – nou pa ka chanté Jamayik, Ayiti, etc. Ba mwen sé sa : solidifié kò-nou, mété tout’ moun an avan, pour faire un genre d’armée quoi, pour que lè nou désidé ke nou ka – kon nou lè fè-a – désann Ayiti fè an gro concert, ke nou kay nou quoi. Sé pa yen ki Lafrans, Lafrans…

Dans l’un de tes morceaux, « Chanson du mwaka », tu dénonces entre autres la vision caricaturale qu’ont certains producteurs hexagonaux des chanteurs antillais, et qui veulent souvent les enfermer dans des cases stéréotypées voire insultantes*. Est-ce que tu as écris ce texte parce que tu as vécu ce genre d’expérience dans l’industrie musicale ?

Quand j’ai écrit ce texte, je ne savais pas que j’allais signer chez une major (société multinationale de l’industrie du disque, ndr), c’était 2 ans avant. Mais quand je suis arrivé en maison de disques, j’ai appliqué exactement ce que je disais : que je ne signe pas dans un endroit où on me met dans une case. Et comme eux ils avaient déjà entendu mes propos, il n’y a même pas eu de débat sur ça ; ça s’est passé comme je voulais (sourire). D’ailleurs eux-mêmes m’ont dit ‘si on fait appel à toi, c’est en connaissance de cause.’ Et puis ils ne sont pas cons : ils ont fait l’expérience, il y a quelques années, de mettre un antillais dans une case, et ça n’avait pas marché. Parce qu’en faisant ça tu ‘perds’ les antillais, et les gens en France te voient comme un singe quoi.

H1725
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Beaucoup d’antillais sont, me semble-t-il, de plus en plus sensibles et vigilants sur ça : qu’on ne les caricature pas. Je n’ai rien contre Francky Vincent ou La Compagnie créole mais…

… ce sont les médias qui en ont fait une caricature, mais à la base Francky Vincent sé bon mizik i ka fè. ‘La Compagnie créole’ s’est enfermée dans quelque chose, mé sé sé média-a ki rann yo konsa. A la base sé bèl mizik yo té ka fè. Et puis quoi qu’on en pense, ils ont été quelque part des ambassadeurs des Antilles. Epi man sav ke ni pétèt 4 moun an piès-tala (le bureau de Didier Laguerre, ndr) ki nèt anlè an mòso Francky Vincent (rires). Kidonk nou pé pa kraché anlè sa ; sé pa yen ki Kassav.

J’ai aussi le sentiment que tu as de plus en plus l’image d’un chanteur « conscient », mais pas dans le sens moralisateur ou donneur de leçons du terme. Or tu distilles des messages dans tes textes.

Lè ou ka palé épi sé jenn-lan, sèl maniè yo pé kouté’w sé si ou pa chiant quoi. Ou wè ki manniè mè-a ka palé ? Sa ka ba’w anvi palé épi’y. Ou pa ka santi ou ni an baton anlè tèt-ou ; sé pa manman’w quoi (sourire). Sé plis an frè, tu vois ? (Didier Laguerre et son entourage éclatent alors de rire, ndr). Sé pou sa ke lè man ka palé épi sé jenn-lan man pa ka janmen mété kò mwen adan an pozision de boug moralisateur mé plito kon an gran frè, kon an boug ki konnèt dé bagay yo pa konnèt ou ke yo pa lé wè. Pass sé konsa yo palé ba mwen lè man té pli jenn. Déba-a ouvè quoi, sé pa adan an sèl sans i ka alé.

Et tu as envie de continuer dans cette recherche d’équilibre ?

Entre le fond et la forme ? Mé ou pé dansé anlè pawòl sérié, anlè dé boug kon MC Janik ou Pleen (vétérans, toujours actifs, du reggae-dancehall martiniquais, ndr). Sé konsa ou ka ritienn bagay-la plis.

Quelle est la prochaine grande étape pour toi ? De quoi tu as envie ?

Man té ké enmen viré chak lanné fè an konsè fòdfrans (rires). Et puis comme je l’ai fait à Skyrock (célèbre station de radio française, dédiée au rap et aux musiques dites urbaines, ndr), amener des artistes antillais ki la dépi an moman, ou même de nouveaux artistes, épi ba yo la pawòl.

Tu as déjà repéré des potentiels prometteurs ?

Oui. Mé fòk lé boug-la konprann ke fo pa yo atann yen ki anlè Lafrans, anlè labann Skyrock, etc. Nou ni Matinik, Gwadloup, Guiyan, Ayiti, Jamayik: si nou ka pran’y ant’ nou konsa sé ja an bèl bagay, plito ki yen ki atann anlè Lafrans. Kay-nou sé isiya quoi (sourire).

Propos recueillis par

Mike Irasque.